Mis à jour le 22 mars 2026 · 14 min de lecture · Guide RH

Congé maladie au Maroc : droits, CNSS et procédure (2026)

Par l'équipe ClicPaie · Vérifié 2026
Sommaire (11 sections)
  1. 01 Le cadre légal (articles 271-273)
  2. 02 Les indemnités journalières de maladie (IJM) — CNSS
  3. 03 Chronologie d’un arrêt maladie
  4. 04 Ce que l’employeur peut et ne peut pas faire
  5. 05 Impact sur le contrat de travail
  6. 06 Arrêt maladie et licenciement
  7. 07 Secteur public : des règles plus favorables
  8. 08 Accident du travail vs maladie ordinaire
  9. 09 Procédure complète : que faire quand vous tombez malade
  10. 10 Modèle de notification d’arrêt maladie
  11. 11 Questions fréquentes

Vous êtes malade et vous ne savez pas si votre employeur doit vous payer ? Combien de temps pouvez-vous rester en arrêt ? Ce guide couvre le congé maladie au Maroc : vos obligations, les indemnités CNSSCNSSCaisse Nationale de Sécurité Sociale : organisme public qui gère retraite, maladie et allocations familiales des salariés du secteur privé.Définition complète, et ce que l’employeur peut ou ne peut pas faire. Pour l’aperçu de tous les types de congés, consultez notre guide complet des congés au Maroc.

En résumé : Au Maroc, l’employeur n’est pas tenu de payer le salaire pendant un arrêt maladie (art. 273). La CNSS prend le relais à partir du 4ème jour avec des indemnités journalières (IJM) de 2/3 du salaire (plafonné à 6 000 DH). Le salarié doit prévenir sous 48h et fournir un certificat médical sous 4 jours. Durée max des IJM : 52 semaines sur 24 mois. Après 180 jours d’absence, l’employeur peut invoquer l’art. 272.


1. Le cadre légal (articles 271-273)

Article 271 — Obligations du salarié

Le salarié en arrêt maladie doit :

ObligationDélaiConséquence si non respecté
Informer l’employeur de son absence48 heuresL’absence peut être considérée comme injustifiée
Fournir un certificat médical (si absence > 4 jours)4 joursL’employeur peut contester l’absence
Se soumettre à une contre-visite médicale si l’employeur le demandeSur convocationLe refus peut être assimilé à un abandon de poste

Attention : La Cour d’appel de Casablanca a jugé qu’un envoi par WhatsApp n’est pas une notification valable. Utilisez une lettre recommandée avec AR ou une remise en main propre contre décharge signée.

Article 272 — Absence prolongée (180 jours)

Si l’absence pour maladie dépasse 180 jours consécutifs dans une période de 365 jours, l’employeur peut considérer le salarié comme démissionnaire.

Mais attention — la jurisprudence encadre strictement cette disposition :

  • La démission ne se présume pas — l’employeur doit notifier sa décision
  • Un licenciement pendant un arrêt maladie reste qualifié d’abusif par les tribunaux, sauf cas d’inaptitude définitive certifiée par le médecin du travailMédecin du travailMédecin chargé de la surveillance de la santé des salariés et de la prévention des risques professionnels. Seul habilité à certifier une inaptitude définitive au poste.Définition complète
  • L’employeur doit d’abord tenter un reclassement (mutation à un poste compatible) avant de rompre le contrat

Article 273 — Pas d’obligation de payer le salaire

C’est le point le plus méconnu : l’employeur n’a aucune obligation légale de maintenir le salaire pendant un arrêt maladie. Sauf si :

  • Votre convention collectiveConvention collectiveAccord négocié entre syndicats et employeurs d'un secteur, fixant des conditions de travail souvent plus favorables que le Code du travail.Définition complète prévoit un maintien de salaire
  • Votre contrat de travail contient une clause de maintien
  • L’usage de l’entreprise établit un maintien (pratique constante et générale)

En l’absence de ces dispositions, votre seul revenu pendant l’arrêt est l’indemnité journalièreIndemnité journalièreAllocation versée par la CNSS pendant un arrêt maladie (2/3 du salaire dès le 4ème jour, max 52 semaines). Conditions : 54 jours de cotisation dans les 6 mois précédents.Définition complète de la CNSS (à partir du 4ème jour).


2. Les indemnités journalières de maladie (IJM) — CNSS

Conditions d’éligibilité

ConditionDétail
Cotisation minimum54 jours déclarés à la CNSS dans les 6 mois précédant l’arrêt
StatutÊtre en arrêt de travail prescrit par un médecin
ActivitéNe pas travailler chez un autre employeur pendant l’arrêt

Montant et durée

AspectDétail
Délai de carence3 jours (les IJM commencent le 4ème jour)
Montant2/3 du salaire journalier moyen
Base de calculSalaire déclaré, plafonné à 6 000 DH/mois
IJM maximum~133 DH/jour (2/3 × 6 000 ÷ 30)
Durée maximum52 semaines (364 jours) sur une période de 24 mois

Exemple concret

Pour un salarié déclaré à 5 000 DH/mois :

Salaire journalier = 5 000 ÷ 30 = 166,67 DH
IJM = 166,67 × 2/3 = 111,11 DH/jour
IJM mensuelle ≈ 3 333 DH (vs salaire normal de 5 000 DH)

Perte de revenu : 1 667 DH/mois (33 % du salaire). C’est pourquoi le maintien de salaire par l’employeur ou la convention collective est si important.

Comment faire la demande

  1. Votre médecin remplit le formulaire “Avis d’interruption de travail” (disponible en agence CNSS ou en ligne)
  2. L’employeur complète la section employeur du formulaire
  3. Fournir : copie CIN + attestation RIB bancaire
  4. Déposer le dossier à l’agence CNSS dans les 30 jours suivant l’arrêt
  5. La demande d’IJM doit être faite dans les 6 mois
  6. Délai de traitement CNSS : environ 45 jours

3. Chronologie d’un arrêt maladie

JourCe qui se passe
J+0Début de l’absence — le salarié doit informer l’employeur
J+2Délai de 48h pour la notification écrite
J+1 à J+3Délai de carence CNSS — pas d’IJM
J+4Les IJM CNSS commencent (si 54 jours de cotisation)
J+4Le certificat médical doit avoir été fourni à l’employeur
J+30Délai pour déposer le dossier IJM à la CNSS
J+180Seuil article 272 — l’employeur peut invoquer la démission
J+364Fin des IJM (52 semaines max sur 24 mois) — possibilité de demander un congé sans solde

4. Ce que l’employeur peut et ne peut pas faire

L’employeur PEUT :

ActionBase légale
Demander une contre-visite médicale (à ses frais)Art. 271
Refuser de payer le salaire pendant l’arrêtArt. 273
Exiger un certificat médical si absence > 4 joursArt. 271
Invoquer l’art. 272 après 180 jours d’absenceArt. 272
Sanctionner pour faux certificat (certificat de complaisance)Art. 39 (faute grave)

L’employeur NE PEUT PAS :

InterditConséquence
Licencier pendant l’arrêt maladie (sauf faute grave non liée)Licenciement abusif → dommages-intérêts
Déduire les jours de maladie du congé annuelArt. 32 — droits préservés
Refuser le retour du salarié après guérisonLe poste doit être maintenu
Exiger la reprise avant la fin de l’arrêt prescritObligation de respecter la prescription médicale
Supprimer la prime d’ancienneté pour la période de maladieL’ancienneté continue de courir (art. 32)

5. Impact sur le contrat de travail

AspectPendant l’arrêt maladie
Contrat de travailSuspendu (pas rompu)
AnciennetéContinue de courir (art. 32)
Prime d’anciennetéNon affectée
Congé annuelNon déduit — les droits s’accumulent
Cotisations CNSSNon déclarées pendant l’arrêt — mais la période d’IJM est assimilée à une période d’assurance pour la retraite
AMOCouverture maintenue pendant l’arrêt

6. Arrêt maladie et licenciement

Le licenciement pendant un arrêt maladie est abusif

La jurisprudence marocaine est claire : licencier un salarié pendant un arrêt maladie constitue un licenciement abusif, ouvrant droit à :

  • Indemnité de licenciement (art. 53)
  • Indemnité de préavis (art. 51)
  • Dommages-intérêtsDommages-intérêtsIndemnité accordée au salarié licencié abusivement : 1,5 mois de salaire par année d'ancienneté, plafonnée à 36 mois (article 41 du Code du travail).Définition complète : 1,5 mois/an, plafonnés à 36 mois (art. 41)

Les exceptions

SituationL’employeur peut-il rompre ?
Faute grave sans lien avec la maladie (vol, violence)Oui — procédure art. 62-65 obligatoire
Absence > 180 jours (art. 272)Oui, avec notification formelle — contestable
Inaptitude définitive (certifiée par médecin du travail)Oui, après tentative de reclassement
Absences répétées courtes perturbant l’entreprisePossible si prouvé — risqué juridiquement

Certificat de complaisance

Si l’employeur soupçonne un faux certificat médical, il peut :

  1. Demander une contre-visite médicaleContre-visite médicaleExamen médical demandé par l'employeur (à ses frais) pour vérifier la réalité d'un arrêt maladie. Le refus du salarié peut être assimilé à un abandon de poste.Définition complète (à ses frais)
  2. Si la contre-visite conclut à l’absence de maladie → le salarié doit reprendre ou justifier
  3. Si l’abus est prouvé → c’est une faute graveFaute graveManquement sérieux du salarié (vol, violence, absence prolongée…) justifiant un licenciement sans préavis ni indemnité.Définition complète (art. 39), pouvant mener au licenciement sans indemnité

7. Secteur public : des règles plus favorables

Les fonctionnaires bénéficient de conditions nettement supérieures sous le Statut général de la Fonction Publique (Dahir n° 1-58-008) et le Décret n° 2-99-1219 :

Type de congéDuréeRémunération
Courte durée6 mois max3 mois à 100 % + 3 mois à 50 %
Moyenne durée3 ans maxSelon avis du conseil de santé
Longue durée5 ans max100 % du traitement
Maladie professionnelleJusqu’à guérison ou retraite100 % du traitement

L’écart avec le privé est considérable : un fonctionnaire conserve 100 % de son salaire pendant 3 mois, puis 50 % pendant 3 mois supplémentaires. Dans le privé, l’employeur n’est pas tenu de payer quoi que ce soit (art. 273).


8. Accident du travail vs maladie ordinaire

Ne confondez pas les deux — les règles sont très différentes :

AspectMaladie ordinaireAccident du travail (Loi 18-12)
Condition CNSS54 jours en 6 moisAucune (être assuré suffit)
Délai de carence3 jours0 jour (couvert dès le 2ème jour)
Montant IJM2/3 du salaire50 % puis 66,67 %
Plafond6 000 DH/moisSpécifique AT
Couverture médicaleAMOAssurance AT séparée
DéclarationPar le salariéPar l’employeur (48h)

Si votre arrêt est dû à un accident survenu sur le lieu de travail ou sur le trajet domicile-travail, c’est un accident du travailAccident du travailAccident survenu sur le lieu de travail ou sur le trajet domicile-travail. Couvert par la loi 18-12, prise en charge dès le 1er jour sans condition de cotisation préalable.Définition complète — signalez-le immédiatement à votre employeur qui doit le déclarer à la CNSS et à l’assureur AT.


9. Procédure complète : que faire quand vous tombez malade

Pour le salarié

  1. Jour 1 — Informez votre employeur immédiatement (téléphone + confirmation écrite)
  2. Sous 48h — Envoyez une notification écrite (lettre recommandée AR ou remise contre décharge)
  3. Sous 4 jours — Fournissez le certificat médical précisant la durée de l’arrêt
  4. Sous 30 jours — Déposez le dossier IJM à la CNSS (formulaire + certificat + CIN + RIB)
  5. Si prolongation — Nouveau certificat médical à chaque prolongation, notifié à l’employeur
  6. À la reprise — Visite médicale de reprise si arrêt > 21 jours

Pour l’employeur

  1. Accuser réception de la notification
  2. Remplir la partie employeur du formulaire CNSS
  3. Si doute → demander une contre-visite médicale
  4. Maintenir le poste pendant l’arrêt (pas de remplacement définitif)
  5. Organiser la visite de reprise si arrêt > 21 jours

10. Modèle de notification d’arrêt maladie

[Nom et prénom]
[Poste]
[Date]
À l'attention de [Nom du responsable / DRH]
Objet : Notification d'absence pour maladie
Madame / Monsieur,
Je vous informe que je suis dans l'impossibilité de me
présenter à mon poste de travail à compter du [date],
pour raison de maladie.
Conformément à l'article 271 du Code du travail, je vous
adresse cette notification dans le délai de 48 heures.
Un certificat médical précisant la durée prévisible de
mon absence vous sera remis dans les plus brefs délais
[ou : est joint à la présente].
Je reste à votre disposition pour toute information
complémentaire.
Cordialement,
[Signature]
Pièce jointe : Certificat médical du Dr [nom]

11. Questions fréquentes

Mon employeur refuse de me payer pendant l’arrêt — est-ce légal ?

Oui, sauf si votre convention collective ou contrat prévoit un maintien de salaire. L’article 273 du Code du travail ne l’oblige pas. Votre revenu pendant l’arrêt sera l’IJM de la CNSS (2/3 du salaire à partir du 4ème jour).

Je suis en CDD — ai-je droit au congé maladie ?

Oui. Le congé maladie s’applique à tous les salariés, CDICDIContrat à Durée Indéterminée : la forme normale du contrat de travail, sans date de fin fixée.Définition complète et CDDCDDContrat à Durée Déterminée : contrat de travail dont la fin est fixée à l'avance, renouvelable dans les limites légales.Définition complète. Le CDD est suspendu pendant l’arrêt mais n’est pas prolongé — il prend fin à sa date prévue, même si vous êtes encore en arrêt.

Puis-je travailler chez un autre employeur pendant mon arrêt ?

Non. Travailler ailleurs pendant un arrêt maladie constitue une faute grave pouvant justifier un licenciement sans indemnité.

Mon employeur me demande de revenir avant la fin de mon arrêt — est-ce légal ?

Non. L’employeur doit respecter la durée prescrite par le médecin. Vous n’êtes pas tenu de reprendre avant la fin de l’arrêt, sauf si un médecin vous déclare apte à la reprise.

L’arrêt maladie compte-t-il pour la retraite ?

Oui. Les périodes indemnisées par la CNSS (IJM) sont assimilées à des périodes d’assurance et comptent pour le calcul de vos jours de cotisation retraite.

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Questions fréquentes

Le congé maladie est-il payé au Maroc ?

L'employeur n'a aucune obligation légale de maintenir le salaire pendant un arrêt maladie (article 273 du Code du travail). Cependant, la CNSS verse des indemnités journalières de maladie (IJM) à partir du 4ème jour d'absence, à hauteur de 2/3 du salaire journalier moyen (plafonné à 6 000 DH/mois). Certaines conventions collectives prévoient un maintien de salaire par l'employeur.

Combien de temps peut-on être en arrêt maladie au Maroc ?

Les indemnités CNSS sont versées pendant un maximum de 52 semaines sur une période de 24 mois. Après 180 jours consécutifs d'absence dans une période de 365 jours, l'employeur peut considérer le salarié comme démissionnaire (article 272), mais cette disposition est encadrée strictement par la jurisprudence.

Quels sont les délais pour déclarer un arrêt maladie à son employeur ?

Le salarié doit informer son employeur dans les 48 heures suivant le début de l'absence (article 271). Si l'absence dépasse 4 jours, un certificat médical doit être fourni. La notification doit se faire par écrit (lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge) — un simple SMS ou WhatsApp n'est pas suffisant selon la jurisprudence.

Peut-on être licencié pendant un arrêt maladie au Maroc ?

En principe non. La jurisprudence marocaine qualifie systématiquement le licenciement pendant un arrêt maladie de licenciement abusif, sauf en cas de faute grave sans lien avec la maladie. Après 180 jours d'absence, l'employeur peut invoquer l'article 272 mais doit respecter une procédure stricte. Un certificat d'inaptitude définitive du médecin du travail peut justifier une rupture pour reclassement impossible.

Quelles sont les conditions pour percevoir les IJM de la CNSS ?

Il faut avoir cotisé au moins 54 jours à la CNSS dans les 6 mois précédant l'arrêt. L'IJM est versée à partir du 4ème jour d'absence (les 3 premiers jours sont un délai de carence). Le montant est de 2/3 du salaire journalier moyen, plafonné au salaire déclaré (max 6 000 DH/mois). Durée maximale : 52 semaines sur 24 mois.

L'arrêt maladie réduit-il le congé annuel ou l'ancienneté ?

Non. La période de congé maladie suspend le contrat de travail mais ne le rompt pas. L'ancienneté continue de courir (article 32), la prime d'ancienneté n'est pas affectée, et les jours de maladie ne sont pas déduits du congé annuel.

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