Sommaire (13 sections)
- 01 Vue d’ensemble — les accidents du travail au Maroc en chiffres
- 02 Définition légale d’un accident de travail
- 03 Loi 18-12 — le cadre juridique actuel
- 04 La procédure de déclaration — qui, quand, comment
- 05 Vos droits en cas d’accident de travail — le salarié victime
- 06 Les indemnités et rentes — montants en cas de séquelles
- 07 La maladie professionnelle — 111 tableaux
- 08 La conciliation obligatoire — articles 132 à 137
- 09 L’assurance accident de travail — obligation et tarifs par secteur
- 10 Sanctions en cas de non-déclaration ou non-assurance
- 11 L’auto-entrepreneur et l’accident de travail
- 12 Le Fonds de Garantie — recours en cas d’assureur défaillant
- 13 À retenir
Au Maroc, un accident de travail doit être déclaré par l’employeur à son assureur dans les 5 jours — une obligation posée par la loi 18-12 du 29 décembre 2014, dont la violation expose l’employeur à une amende de 10 000 à 50 000 DH. Le Maroc reconnaît aujourd’hui 111 tableaux de maladies professionnelles (arrêté 160-14 du 21 janvier 2014), distribue les rentes via le Fonds du Travail géré par la CNRA lorsque l’employeur est défaillant, et impose une conciliation préalable obligatoire avant toute saisine du tribunal. Ce guide reprend les obligations de l’employeur, les droits du salarié accidenté, les montants d’indemnisation et les tarifs d’assurance AT par secteur — vérifiés sur les textes officiels (loi 18-12, loi 65-99, code des assurances 17-99).
En résumé : La réparation des accidents du travail au Maroc est régie par la loi 18-12 (dahir 1-14-190 du 29 décembre 2014, BO 6328 du 22 janvier 2015 — 197 articles remplaçant le dahir de 1963). L’indemnité journalièreIndemnité journalièreAllocation versée par la CNSS pendant un arrêt maladie (2/3 du salaire dès le 4ème jour, max 52 semaines). Conditions : 54 jours de cotisation dans les 6 mois précédents.Définition complète (IJ) est fixée aux 2/3 du salaire dès le 1er jour. La rente d’incapacité permanente totale atteint 85 % du salaire annuel. Les ayants droit perçoivent des rentes (conjoint 30-50 %, orphelin 15 % chacun, ascendant 15 %). L’assurance AT est obligatoire (code des assurances art. 155+) et coûte entre 0,5 % et 8 % de la masse salariale selon le secteur. Les maladies professionnelles sont listées par l’arrêté 160-14 (111 tableaux, contre 53 souvent cités à tort). Non-déclaration = 10 000 à 50 000 DH ; non-assurance = 50 000 à 100 000 DH.
1. Vue d’ensemble — les accidents du travail au Maroc en chiffres
Le Maroc recense environ 45 000 à 50 000 accidents du travail par an, dont près de 2 000 décès cumulés AT et maladies professionnelles. Le coût direct et indirect pour l’économie est estimé à 4,5 % du PIB selon le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE). En 2023, les primes d’assurance AT/MP collectées par les compagnies marocaines ont atteint 2 557 millions de dirhams, soit environ 4,5 % du chiffre d’affaires total du secteur de l’assurance (source ACAPS, Rapport Annuel 2023).
Depuis 2015, le régime est entièrement régi par la loi 18-12, qui a modernisé un système figé depuis le dahir de 1963. Ce guide couvre les trois piliers de ce régime : la définition légale d’un accident, la procédure de déclaration, et les prestations versées au salarié victime ou à ses ayants droit.
2. Définition légale d’un accident de travail
2.1 L’article 3 de la loi 18-12
La définition officielle est fixée par l’article 3 de la loi 18-12 :
« Est considéré comme accident du travailAccident du travailAccident survenu sur le lieu de travail ou sur le trajet domicile-travail. Couvert par la loi 18-12, prise en charge dès le 1er jour sans condition de cotisation préalable.Définition complète, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise. »
Deux conditions suffisent : l’événement doit être accidentel (soudain et imprévu) et survenir par le fait ou à l’occasion du travail. La lésion peut être physique ou morale, temporaire ou permanente.
2.2 La présomption d’imputabilité
Un principe fondamental : tout accident survenu au lieu et au temps de travail est présumé d’origine professionnelle. C’est à l’employeur ou à son assureur d’apporter la preuve contraire s’il conteste. Cette présomption, héritée du droit français et reprise par la jurisprudence marocaine de la Cour de cassation, protège fortement le salarié victime.
2.3 L’accident de trajet (article 6 loi 18-12)
L’article 6 assimile à un accident du travail l’accident survenu pendant le trajet entre :
- le domicile (ou résidence stable assimilée) et le lieu de travail ;
- le lieu de travail et le lieu habituel de restauration.
Exception : l’assimilation ne vaut pas si le trajet a été interrompu ou détourné pour un motif personnel étranger aux nécessités de la vie courante.
2.4 Les troubles psychiques et la crise cardiaque
La loi 18-12 couvre aussi les troubles psychiques déclenchés par un événement professionnel soudain (agression, harcèlement aigu caractérisé, choc traumatique). La crise cardiaque survenue au temps et au lieu de travail bénéficie de la présomption d’imputabilité, sauf preuve contraire par l’employeur.
3. Loi 18-12 — le cadre juridique actuel
3.1 La promulgation
- Loi n° 18-12 relative à la réparation des accidents du travail
- Dahir n° 1-14-190 du 6 rebia I 1436 (29 décembre 2014)
- Publié au Bulletin Officiel n° 6328 du 22 janvier 2015
- 197 articles au total
- Entrée en vigueur : 22 janvier 2015
La loi a abrogé intégralement le dahir du 6 février 1963 qui régissait les accidents du travail depuis plus de cinquante ans. Plusieurs cabinets d’avocats citent à tort la date du 24 décembre 2014 ; la date authentique dans le texte officiel du dahir 1-14-190 est bien le 29 décembre 2014.
3.2 Trois innovations majeures
La loi 18-12 a introduit trois changements structurels par rapport au régime de 1963 :
- Procédure de conciliation obligatoire avant toute action judiciaire (articles 132 à 137) — plus de recours immédiat au tribunal du travail
- Revalorisation des rentes des ayants droit (conjoint, enfants, ascendants) — taux harmonisés et plancher SMIGSMIGSalaire Minimum Interprofessionnel Garanti : plancher légal de rémunération que tout employeur est tenu de respecter.Définition complète
- Libre choix du médecin traitant pour la victime (article 43) — fin du médecin-conseil imposé par l’assureur
3.3 Les textes connexes encore en vigueur
3.4 La loi 27-23 — réforme en cours
Adoptée par les deux chambres du Parlement le 5 février 2025, la loi 27-23 transfère la compétence des accidents de travail du Ministère de l’Emploi vers le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale. Les décrets d’application sont attendus en 2026. Aucun des guides concurrents ne mentionne cette réforme à ce jour — c’est une différenciation éditoriale pour les six prochains mois jusqu’à ce que les textes d’application sortent.
4. La procédure de déclaration — qui, quand, comment
C’est le cœur pratique de la loi 18-12. La chaîne de déclaration comporte quatre étapes et s’active automatiquement dès que l’accident survient.
4.1 Le tableau synthétique des délais
4.2 Attention au piège France vs Maroc
De nombreux guides en ligne (y compris Adecco France qui ranke paradoxalement en 2ᵉ position sur Google Maroc) citent un délai employeur de 48 heures. C’est le délai français, pas marocain. En droit marocain, la victime a 48 heures pour alerter l’employeur, mais l’employeur a 5 jours pour transmettre à l’assureur et à l’inspection. Confondre les deux régimes est une erreur courante qui expose les employeurs à des sanctions évitables.
4.3 Les formulaires et pièces à transmettre
L’employeur doit joindre à sa déclaration :
- Le formulaire officiel de déclaration fourni par la compagnie d’assurance
- Le certificat médical initial décrivant les lésions
- L’identité complète de la victime (CIN, adresse, numéro de sécurité sociale)
- La date, l’heure, le lieu et les circonstances détaillées
- L’identité des témoins éventuels
- Les copies du contrat d’assurance AT et du contrat de travail
Les formulaires sont téléchargeables sur les sites des assureurs (Sanlam, Wafa, AXA, etc.).
5. Vos droits en cas d’accident de travail — le salarié victime
5.1 Prise en charge intégrale des frais médicaux (art. 38-43)
L’assurance AT rembourse 100 % :
- Frais médicaux, pharmaceutiques et d’analyses
- Frais d’hospitalisation en secteur public ou privé conventionné
- Prothèses, appareillage orthopédique
- Soins dentaires consécutifs à l’accident
- Frais funéraires en cas de décès (dans la limite d’un barème)
5.2 Libre choix du praticien — article 43
Innovation de la loi 18-12 : la victime choisit librement son médecin, son pharmacien, son dentiste, sa sage-femme et ses auxiliaires médicaux. L’assureur ne peut imposer un praticien conventionné contre le gré de la victime. Cette disposition met fin à la pratique ancienne du “médecin-conseil obligatoire” qui limitait l’accès aux soins indépendants.
5.3 Indemnités journalières pendant l’arrêt
Pendant l’incapacité temporaire de travail, le salarié perçoit une indemnité journalière égale aux 2/3 (66,66 %) du salaire journalier moyen, à partir du 1er jour suivant l’accident.
⚠️ Erreur fréquente des blogs concurrents : certains citent “50 % pendant les 28 premiers jours, puis 75 %” ou “50 % puis 66 %”. Ces taux viennent du régime français de la sécurité sociale ou d’un ancien régime marocain d’avant 2015. La loi 18-12 retient uniformément les 2/3 (66,66 %) dès le 1er jour.
L’IJ est versée directement à la victime par l’assureur AT. Elle cesse à la date de consolidation (stabilisation de l’état médical), de guérison complète, ou de décès.
6. Les indemnités et rentes — montants en cas de séquelles
Après la consolidation, un médecin expert fixe le taux d’incapacité permanente. Selon ce taux, l’assureur verse soit un capital (pour les faibles taux), soit une rente (pour les taux élevés ou l’IPT).
6.1 Rente d’incapacité permanente partielle (IPP)
Pour un taux d’incapacité inférieur ou égal à 10 % : le plus souvent, versement en capital (somme unique).
Pour un taux supérieur à 10 % : versement en rente viagère, selon la formule issue du barème réglementaire (arrêté du 16 janvier 1985 fixant le barème des IPP, mis à jour par la loi 18-12).
- Exemple : salaire annuel 120 000 DH, taux IPP 30 %. La rente annuelle se calcule sur la base du salaire × une fraction du taux d’IPP. La valeur exacte dépend du barème officiel et du calcul d’expertise.
6.2 Rente d’incapacité permanente totale (IPT)
- Taux IPT = 100 %
- Rente = 85 % du salaire annuel, versée mensuellement à vie
- Versement d’une majoration tierce personne si l’état de la victime rend nécessaire l’assistance d’un aidant quotidien
6.3 Rentes de survivants (décès AT)
En cas de décès du salarié, la loi 18-12 prévoit des rentes de survivants selon la qualité de l’ayant droit :
Plafond global des rentes aux ayants droit : 85 % du salaire moyen. La loi 18-12 a revalorisé ces taux par rapport à l’ancien régime de 1963 et uniformisé le barème pour le conjoint survivant.
7. La maladie professionnelle — 111 tableaux
7.1 Le régime parallèle
La maladie professionnelle (MP) suit un régime distinct mais conjoint à celui des AT. Elle est déclarée et indemnisée selon les mêmes mécanismes que la loi 18-12, sur la base du dahir du 31 mai 1943 étendant aux maladies professionnelles la législation AT, et du code du travail loi 65-99 articles 324-344.
7.2 Les 111 tableaux (arrêté 160-14)
La liste officielle des maladies professionnelles reconnues est fixée par l’arrêté n° 160-14 du 21 janvier 2014, publié au Bulletin Officiel n° 6306 du 6 novembre 2014. Elle compte aujourd’hui 111 tableaux, chacun correspondant à une maladie ou famille de maladies spécifiques avec ses critères :
- Liste des affections reconnues
- Agents causaux (substance, activité)
- Délai de prise en charge (temps maximal entre la fin d’exposition et la déclaration)
⚠️ Contrairement à ce que répètent de nombreux blogs et guides RH, le nombre actuel de tableaux est 111, pas 53 ni 95. L’évolution a été la suivante :
- 1972 : 35 tableaux (arrêté initial post-indépendance)
- 1999 : 95 tableaux (arrêté 919-99 du 23 décembre 1999, BO 4788)
- 2014 : 111 tableaux (arrêté 160-14 du 21 janvier 2014, BO 6306 — régime actuel)
7.3 Présomption et reconnaissance
Une maladie figurant dans un tableau et contractée après exposition au risque mentionné est présumée d’origine professionnelle. Le salarié n’a pas à prouver le lien de causalité — la présomption l’assiste. Hors tableau, le lien doit être établi médicalement (système dit “complémentaire”).
8. La conciliation obligatoire — articles 132 à 137
C’est l’innovation procédurale majeure de la loi 18-12 par rapport au régime de 1963. Avant toute saisine du tribunal de première instance, une phase de conciliation entre la victime (ou ses ayants droit) et l’assureur est obligatoire.
8.1 Le mécanisme
- Après fixation du taux d’incapacité par expertise médicale, l’assureur propose une indemnisation dans les 30 jours.
- La victime dispose de 30 jours pour accepter ou refuser cette proposition.
- En cas de désaccord, une conciliation obligatoire est tenue sous l’égide d’une autorité désignée.
- Ce n’est qu’en cas d’échec de la conciliation que la voie judiciaire devient possible.
8.2 Les avantages attendus
- Réduction du contentieux judiciaire
- Délais de règlement raccourcis pour la victime
- Moindre coût pour l’assureur
Sanction en cas de défaut de l’assureur dans la conciliation : une pénalité de 20 000 à 50 000 DH est prévue, encourageant les compagnies à s’engager sérieusement dans la phase amiable.
9. L’assurance accident de travail — obligation et tarifs par secteur
9.1 Une obligation pour tout employeur
L’article 155 du code des assurances (loi 17-99) impose à tout employeur occupant des salariés de souscrire une assurance accidents du travail et maladies professionnelles. L’obligation est strictement inconditionnelle : aucun employeur, quelle que soit sa taille ou son secteur, ne peut s’en dispenser.
9.2 Les tarifs indicatifs par secteur en 2026
Le tarif AT est calculé comme un pourcentage de la masse salariale brute, modulé par le coefficient secteur et l’expérience de l’entreprise (nombre d’accidents antérieurs). Les fourchettes indicatives pour 2026 sont :
Prime minimum (ou “plancher”) chez la plupart des assureurs : environ 120 DH par salarié et par an, quel que soit le secteur. Cela évite des primes symboliques pour les très petits employeurs.
9.3 Exemple chiffré — une PME de 20 salariés dans le commerce
- Masse salariale annuelle : 20 salariés × 2 000 DH/mois × 12 = 480 000 DH/an
- Secteur commerce → taux moyen 1,25 %
- Prime annuelle : 480 000 × 1,25 % = 6 000 DH/an, soit 500 DH/mois
Pour la même entreprise dans le BTP : 480 000 × 4 % = 19 200 DH/an (3,2× plus cher à cause du risque).
9.4 Les principales compagnies sur le marché marocain
Les acteurs principaux de l’assurance AT/MP au Maroc sont Sanlam Maroc (ex-Saham), Wafa Assurance, AXA Maroc, AtlantaSanad, Allianz Maroc, RMA, et MAMDA-MCMA (spécialisée dans le secteur agricole). Les courtiers en ligne comme MesAssurances, Icoral ou AGMA permettent de comparer les devis de plusieurs assureurs en quelques clics et sont particulièrement utiles pour les PME.
10. Sanctions en cas de non-déclaration ou non-assurance
La loi 18-12 prévoit un régime de sanctions strict, cumulable avec la responsabilité civile de l’employeur.
10.1 Amendes pénales
Les sanctions sont appliquées par voie de procès-verbalProcès-verbalDocument écrit rédigé lors de l'entretien préalable au licenciement (art. 62), signé par l'employeur et le salarié. Son absence rend le licenciement abusif.Définition complète de l’inspection du travailInspection du travailService public chargé de contrôler l'application du droit du travail dans les entreprises et de concilier les litiges employeur-salarié.Définition complète et peuvent être doublées en cas de récidive.
10.2 Responsabilité civile de l’employeur
En cas de non-assurance au moment d’un accident, l’employeur est personnellement tenu de verser l’intégralité des indemnités et rentes à la victime ou à ses ayants droit. Pour un décès avec conjoint + deux enfants à charge + ascendants, la charge peut atteindre plusieurs millions de dirhams en valeur actualisée. C’est le risque majeur — l’amende administrative n’est que la partie visible.
10.3 Responsabilité civile + faute inexcusable
Si l’accident résulte d’une faute inexcusable de l’employeur (violation délibérée des règles de sécurité, défaut d’équipement de protection, etc.), la victime peut obtenir une majoration de rente et des dommages-intérêtsDommages-intérêtsIndemnité accordée au salarié licencié abusivement : 1,5 mois de salaire par année d'ancienneté, plafonnée à 36 mois (article 41 du Code du travail).Définition complète complémentaires, hors couverture assurance.
11. L’auto-entrepreneur et l’accident de travail
11.1 L’auto-entrepreneur n’est pas salarié
Le statut d’auto-entrepreneur, régi par la loi 114-13 du 19 février 2015, est un statut de travailleur indépendant. À ce titre, l’auto-entrepreneurAuto-entrepreneurStatut simplifié (loi 114-13) pour exercer une activité individuelle au Maroc avec une fiscalité à 0,5-1 % du CA et sans TVA.Définition complète n’est pas couvert par la loi 18-12, qui s’applique exclusivement aux relations salariales.
Concrètement, si un auto-entrepreneur se blesse dans l’exercice de son activité, il n’a aucun recours obligatoire contre son client donneur d’ordre (sauf cas de salariat déguisé caractérisé). Il supporte seul les conséquences de son accident.
11.2 L’assurance volontaire individuelle
L’auto-entrepreneur peut souscrire une assurance individuelle accident auprès d’une compagnie privée. Les primes annuelles varient entre 800 et 3 000 DH/an selon le secteur d’activité et le niveau de couverture. Pour un consultant ou un développeur (risque faible), une prime de 1 200-1 500 DH/an offre une couverture complète (frais médicaux + IJ + invalidité).
11.3 Quand l’auto-entrepreneur devient employeur
Si un auto-entrepreneur embauche un salarié (la loi 114-13 permet l’embauche dans certains cas limités), il devient employeur au sens de la loi 18-12 et doit obligatoirement souscrire une assurance AT pour ses employés. Omettre cette obligation expose à l’amende de 50 000 à 100 000 DH et à la responsabilité civile pleine et entière en cas d’accident.
12. Le Fonds de Garantie — recours en cas d’assureur défaillant
12.1 Le rôle du Fonds du Travail
Lorsqu’un employeur n’est pas assuré au moment de l’accident ou que son assureur est insolvable, la victime ne reste pas sans recours. Elle peut saisir le Fonds du Travail, géré depuis le 1er juillet 2013 par la Caisse Nationale de Retraites et d’Assurances (CNRA). Le Fonds se substitue à l’assureur défaillant ou inexistant pour verser les indemnités et rentes dues à la victime, puis se retourne contre l’employeur pour récupérer les sommes avancées.
12.2 Procédure de saisine
La saisine se fait par la victime ou ses ayants droit, via :
- Requête adressée à la CNRA
- Accompagnée d’un jugement exécutoire (obtenu après conciliation infructueuse)
- Pièces justificatives de l’accident et du défaut de l’employeur
12.3 Financement du Fonds
Le Fonds est alimenté par des contributions des compagnies d’assurance opérant sur le marché marocain, par des pénalités prélevées sur les employeurs défaillants, et par le budget de l’État à titre subsidiaire. Cette triple source garantit sa solvabilité sur le long terme.
À retenir
- Accident de travail au Maroc 2026 = loi 18-12 (dahir 1-14-190 du 29 décembre 2014, BO 6328 — 197 articles)
- Délai de déclaration : victime → employeur 48 heures, employeur → assureur + inspection 5 jours
- Ne pas confondre : 48 heures et 5 jours sont deux étapes distinctes, pas le même délai
- Indemnité journalière = 2/3 (66,66 %) du salaire dès le 1er jour (pas 50 % / 75 % comme le cite le régime français)
- Rente IPT = 85 % du salaire annuel
- Rentes ayants droit : conjoint 30 % (<60 ans) ou 50 % (≥60 ans), enfant à charge barème spécifique, ascendant 15 %
- Conciliation obligatoire (art. 132-137) avant tribunal — innovation loi 18-12
- Assurance obligatoire (code assurances 17-99 art. 155) : 0,5 % à 8 % de la masse salariale selon le secteur
- Sanctions : non-déclaration 10-50 K DH, non-assurance 50-100 K DH, plus responsabilité civile illimitée
- Maladies professionnelles : 111 tableaux (arrêté 160-14 du 21 janvier 2014, BO 6306), pas 53
- Fonds du Travail : géré par la CNRA depuis 2013, couvre les employeurs non assurés ou insolvables
- Auto-entrepreneur : hors loi 18-12, assurance volontaireAssurance volontaireMécanisme CNSS permettant de cotiser entre deux emplois pour accumuler des jours de retraite et maintenir l'AMO. Taux : 17,41 %, souscription sous 60 mois après fin d'emploi.Définition complète individuelle (800-3 000 DH/an)
- Réforme : loi 27-23 (février 2025) transfère la tutelle AT du Ministère de l’Emploi au Ministère de la Santé — décrets d’application attendus en 2026
Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique ou un avis d’expert en matière d’assurance. Pour le détail du code du travail marocain, les cotisations CNSS ou les indemnités en cas de rupture, consultez nos guides dédiés. Pour un simulateur de paie incluant l’ensemble des cotisations sociales, utilisez notre calculateur de salaire net.
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Quel est le délai de déclaration d'un accident de travail au Maroc ?
Le salarié victime dispose de 48 heures pour déclarer l'accident à son employeur (sauf force majeure). L'employeur dispose ensuite de 5 jours pour transmettre la déclaration à sa compagnie d'assurance et à l'inspection du travail. Ces délais sont fixés par l'article 14 de la loi 18-12. La non-déclaration expose l'employeur à une amende de 10 000 à 50 000 DH. Attention : les délais de 48 heures cités dans certains guides concernent le droit français, pas le droit marocain, où le délai employeur est bien de 5 jours.
Quelles sont les étapes d'un accident de travail ?
La procédure comporte trois étapes principales. Étape 1 : la victime déclare l'accident à son employeur dans les 48 heures (article 14 loi 18-12). Étape 2 : l'employeur transmet la déclaration à son assureur AT dans les 5 jours. Étape 3 : l'employeur notifie aussi l'inspection du travail dans le même délai de 5 jours. Une quatrième étape intervient en cas de litige : la conciliation obligatoire devant l'assureur avant toute saisine du tribunal (articles 132 à 137), innovation majeure de la loi 18-12 par rapport au régime de 1963.
Quels sont les droits du salarié en cas d'accident de travail ?
Le salarié victime a droit à : (1) la prise en charge intégrale des frais médicaux, pharmaceutiques, d'hospitalisation et de prothèses par l'assureur AT de l'employeur (article 43 loi 18-12, libre choix du médecin) ; (2) une indemnité journalière égale aux 2/3 (66,66 %) du salaire à compter du 1er jour suivant l'accident pendant l'incapacité temporaire ; (3) une rente d'incapacité permanente partielle (IPP) en cas de séquelles ; (4) une rente d'incapacité permanente totale (IPT) à 85 % du salaire annuel en cas d'incapacité complète ; (5) en cas de décès, des rentes pour le conjoint (30 % si moins de 60 ans, 50 % si 60 ans ou plus), les enfants à charge et les ascendants (15 %).
Comment calculer l'indemnité d'accident de travail au Maroc ?
L'indemnité journalière (IJ) est calculée sur la base de 2/3 du salaire journalier moyen, soit 66,66 % de la rémunération brute, à partir du 1er jour suivant l'accident. Pour un salaire mensuel de 6 000 DH (200 DH/jour), l'IJ est de 133,33 DH/jour. Pour les séquelles permanentes, la rente IPP se calcule sur la base du salaire annuel pondéré par le taux d'incapacité fixé par expertise médicale (barème des IPP fixé par arrêté). La rente IPT est fixée à 85 % du salaire annuel. Notre calculateur d'indemnité de licenciement peut servir de base pour les éléments salariaux.
L'auto-entrepreneur est-il couvert en cas d'accident de travail ?
Non, pas automatiquement. L'auto-entrepreneur n'est pas salarié au sens de la loi 18-12 et ne bénéficie donc pas du régime obligatoire AT. Il peut souscrire une assurance volontaire individuelle (environ 800 à 3 000 DH/an selon la couverture et le secteur d'activité). En revanche, dès qu'un auto-entrepreneur embauche un salarié, il devient employeur au sens de la loi 18-12 et doit obligatoirement souscrire une assurance AT pour ses employés, sous peine d'une amende de 50 000 à 100 000 DH.
Combien coûte l'assurance accident de travail pour une entreprise ?
Le tarif de l'assurance AT au Maroc se calcule comme un pourcentage de la masse salariale, modulé selon le secteur d'activité et le coefficient d'expérience de l'entreprise. Tarifs indicatifs 2026 : bureau 0,5 à 1 %, commerce 1 à 1,5 %, industrie 1,5 à 3 %, BTP 3 à 5 %, mines 5 à 8 %. Une PME de 20 salariés avec une masse salariale annuelle de 480 000 DH dans le commerce paie environ 4 800 à 7 200 DH/an. Les compagnies principales au Maroc sont Sanlam, Wafa Assurance, AXA, AtlantaSanad, Allianz, RMA et MAMDA-MCMA.